HISTOIRE AUGUSTE


HISTOIRE AUGUSTE
HISTOIRE AUGUSTE

HISTOIRE AUGUSTE

Avec l’Histoire auguste , le lecteur se trouve confronté à un des plus étonnants canulars qu’aucune littérature ait jamais produits. Mais l’étude de cette œuvre ne va pas sans difficultés en France, car il n’en existe aucune traduction à la fois bonne et récente dans notre langue.

Le plus simple, dans un premier temps, consiste à décrire l’Histoire auguste . Elle se présente comme une série de biographies des empereurs romains, qui commence avec Hadrien, donc en 117 après J.-C., et qui se poursuit jusqu’au temps de Numérien et de ses fils, soit en 284. Quelques-unes de ces vies ont été perdues, ou sont lacunaires; ce sont les années 244 à 260 qui ont le plus souffert des outrages du temps. L’intérêt de ce récit apparaîtra mieux quand on saura qu’il constitue pour plusieurs époques l’unique source littéraire des historiens modernes. Chaque biographie est signée: six auteurs se partagent la totalité de l’œuvre. On connaît ainsi Aelius Spartien (sept monographies), Julius Capitolin (neuf), Vulcacius Gallicanus (une), Aelius Lampride (quatre), Trebellius Pollion (sept) et Flavius Vopiscus (neuf): les savants, pour leur commodité, les appellent «les écrivains de l’Histoire auguste » (Scriptores Historiae Augustae , expression souvent abrégée en S.H.A. ). Des renseignements qu’ils donnent on a déduit qu’ils appartenaient tous à l’ordre sénatorial et qu’ils ont vécu au début du IVe siècle, avant 316, peut-être même avant 311: chaque «Vie» était offerte soit à Dioclétien, soit à Constantin, soit à des personnages importants ayant gravité dans l’entourage de l’un ou de l’autre de ces deux souverains.

Cette présentation trop franche a toutefois fini par intriguer puis par passionner les chercheurs. L’œuvre la plus importante à cet égard est due à un Allemand, Hermann Dessau, qui, en 1889, remit tout en cause; par la suite, d’innombrables publications ont emprunté la voie qu’il avait ouverte.

On admet maintenant qu’il y a eu tromperie délibérée au moins sur deux points, l’auteur et la date. Quant au responsable de ces biographies on peut dire qu’il s’agit d’un seul personnage, plutôt que de l’animateur d’une équipe. En effet, l’ensemble de l’œuvre se caractérise par son unité. Du début à la fin, elle présente les mêmes tournures et les mêmes digressions (par exemple, listes des «bons» et des «mauvais empereurs»). Un ordinateur a même été utilisé pour confirmer cette théorie. De plus, on trouve des idées tout à fait similaires sous des signatures différentes, preuve que Lampride, Capitolin et autres ne sont que des noms différents pour désigner un seul homme. On a aussi noté que ces pseudo-auteurs recourent aux mêmes sources, et il faut relever un dernier élément d’unité: la médiocrité littéraire, admise par tous. Enfin, aucun des six sénateurs en question n’est connu par ailleurs, ce qui est surprenant.

Les spécialistes ont réussi à cerner la personnalité de ce mystérieux historien: il s’agit d’un instituteur (grammaticus ) anonyme qui s’est mis au service d’un noble romain; il venait peut-être d’Afrique, car il semble bien connaître Carthage.

De même, la date de rédaction se précise. D’une part, on a relevé des anachronismes, en particulier dans le domaine des institutions: la «Vie d’Alexandre Sévère», par exemple, mentionne des pièces de monnaies, les tremisses , qui n’ont eu cours que sous Théodose Ier. D’autre part, certaines des sources utilisées sont bien postérieures à 316, en particulier Aurelius Victor, Eutrope, Claudien et Polemius Silvius. La rédaction, qui s’est sans doute étalée sur plusieurs années, n’a certainement pas été achevée avant 393, et on la place actuellement à l’extrême fin du IVe siècle, voire au tout début du Ve siècle.

L’un des intérêts essentiels de cette œuvre tient dans l’idéologie qu’elle véhicule: elle s’adresse à un empereur pour lui faire l’éloge de l’aristocratie sénatoriale de Rome, des «bons souverains» (Auguste, Vespasien, les Antonins et même certains usurpateurs); elle lui dénonce les ennemis de l’État, les «tyrans» (Caligula, Néron, Gallien), la soldatesque et les Barbares. Elle défend le paganisme, mais se montre modérée à l’égard du christianisme.

Comme document historique, après avoir fait l’unanimité en sa faveur, l’Histoire auguste est tombée dans un profond discrédit (A. Chastagnol), suscitant la naissance d’une école hypercritique. Dans l’avenir, les chercheurs en viendront sans doute à plus de mesure: son auteur a utilisé des sources de valeur (un inconnu, Dion Cassius, Hérodien, Dexippe, Eunape, Aurelius Victor, Eutrope, Marius Maximus); il est fiable jusqu’à Caracalla inclus, et ce n’est que pour la suite qu’il a introduit des inventions.

L’Histoire auguste vaut moins qu’on n’a cru, plus qu’on ne dit.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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